L’apport de Pierre Vermersch à l’étude de la subjectivité

Épistémologie, méthodologie, pratique

Colloque international

Aix-Marseille Univ. & CNRS

13-14 octobre 2022

Pierre Vermersch figure parmi les chercheurs qui, au cours de leur carrière, sont parvenus à forger une nouvelle signification pour un mot d’usage courant. Dans certains milieux professionnels, depuis au moins deux décennies, le terme « explicitation » est associé à la technique d’entretien qu’il a conçue dans le cadre de ses recherches en psychologie.

Outil privilégié pour la recherche qualitative, l’entretien d’explicitation permet de recueillir des données descriptives du vécu d’une personne, dans sa dimension subjective, aussi bien sur le plan sensoriel que cognitif. Mais la notoriété de cette méthode a pu laisser dans l’ombre l’œuvre du chercheur, qui, durant toute sa carrière, a tenté d’apporter une contribution décisive à une science de la subjectivité.

L’objectif de ce colloque est double, puisqu’il veut rendre hommage à Pierre Vermersch, qui nous a quittés le 6 juillet 2020, en souhaitant aussi mettre en lumière les aspects les plus méconnus de son travail, qu’ils relèvent de ses innovations méthodologiques au-delà des outils de l’explicitation les mieux identifiés, ou qu’ils relèvent de sa quête scientifique, qu’il avait nommé « psycho-phénoménologie ».

Son parcours est aussi bien l’exemple d’une grande cohérence, guidé tout au long de sa carrière par une même idée directrice, créer les conditions d’une observation heuristique de la subjectivité, que celui d’une liberté dans l’exploration, franchissant les frontières disciplinaires à l’affût de toutes les ressources, aussi bien pratiques que théoriques. L’œuvre qu’il nous lègue est donc le lieu de rencontres avec des penseurs aussi éloignés entre eux qu’Austin, Husserl et Piaget, mais aussi d’auteurs plus confidentiels, comme Gusdorf, Burloud ou Piguet ou de praticiens tels que Dilts ou Erickson. 

Dès son travail de thèse, inscrivant d’abord son questionnement dans le cadre de l’épistémologie génétique de Piaget, il fait un pas de côté décisif en transposant le modèle de l’équilibration chez l’adulte. Il trouve alors une motivation méthodologique dans la nécessité d’élargir le champ des observables, et se charge de conférer une dignité scientifique aux verbalisations issues de l’introspection en créant l’entretien d’explicitation. Conscient de contrevenir au cadre institué de l’expérimentation, il se rend suffisamment indépendant pour suivre jusqu’au bout ses intuitions, et relève le défi d’aborder la philosophie de Husserl du point de vue d’un psychologue. Tout en entretenant des collaborations, notamment avec Natalie Depraz et Francisco Varela, il forme une association de co-chercheurs, le GREX (Groupe de Recherche sur l’EXplicitation), lieu de pratique et d’exploration de la subjectivité. Durant les vingt années suivantes, il intègre toujours plus le corps dans les techniques d’explicitation et jusqu’au bout, il cherche à identifier les limites de l’introspection descriptive. Durant cette incessante exploration, ignorant les arguments a priori qui l’auraient stoppé aux frontières, il se fie entièrement à une pratique réglée, et partout où il peut faire apparaître de la nouveauté, il estime avoir prouvé une possibilité.

Mais pour les chercheuses et chercheurs qui, aujourd’hui, se reconnaissent dans les besoins qui ont motivé la démarche de Pierre Vermersch, de nombreuses questions restent en suspens. Elles concernent souvent le sens scientifique de cette approche, qui apparaît, à raison, à l’écart des normes de validation instituées. Il s’agit donc d’exposer, dans le parcours libre du chercheur, ce qui a fait sa cohérence, de déployer les thèmes, les décisions et les découvertes qui rendent lisible son épistémologie.